Ces questions que vous vous posez
Vous vous demandez pourquoi L’Hermione a besoin d’être restaurée, pourquoi des champignons ont attaqué sa coque.
Vous vous demandez si cette avarie est due à des malfaçons lors du chantier de construction, mené de 1997 à 2014 à Rochefort. Ou si l’association a traité les bois comme il le fallait pour qu’ils soient protégés.
Vos interrogations sont légitimes et nous allons essayer d’y répondre dans cet article.
Voici les questions auxquelles vous trouverez des réponses dans cet article :
- Quelle est la durée de vie d’une frégate ?
- Pourquoi L’Hermione a-t-elle eu besoin d’être restaurée ?
- L’Hermione est-elle le seul grand navire en bois navigant dont la coque a été attaquée par des champignons ?
- Pourquoi des champignons ont-ils réussi à attaquer la coque de L’Hermione ?
- Ces champignons étaient-ils actifs dès la construction ?
- Le bois de la coque a-t-il été traité contre les champignons ?
- Le bois de la coque a-t-il été traité à cœur ?
- Y a-t-il eu des malfaçons lors de la construction de L’Hermione ?
- L’avarie de L’Hermione est-elle due à des erreurs de construction ?
- L’avarie de L’Hermione est-elle due à l’utilisation de bois trop verts lors de la construction ?
- Le navire est-il réparable ?
- Quelles sont les mesures prises pour éviter de nouvelles attaques de champignons à l’avenir ?
Vous ne trouvez pas la réponse à votre question ?
- Vous la trouverez peut-être sur la page consacrée à la restauration de L’Hermione.
- Vous pouvez utiliser la barre de recherche du site avec les mots-clé qui vous questionnent.
- Vous pouvez aussi nous écrire à info@hermione.com, nous vous répondrons dès que possible.
Aujourd’hui, nous mettons tous nos moyens humains, techniques et financiers au service de L’Hermione et de notre projet associatif.
Gardons en tête que L’Hermione est exceptionnelle, au sens premier du terme : elle sort de l’ordinaire. Il existe d’autres navires en bois navigants, mais pas des répliques de frégates, pas des bateaux de cette taille. Les méthodes de charpenterie navale pour assurer une bonne construction ne peuvent donc pas toujours s’appliquer à la dimension de notre navire.
Depuis la genèse de la reconstruction de L’Hermione, nous essayons de rassembler les bonnes pratiques historiques et modernes. Nous suivons les méthodes qui permettent à un navire de cette taille d’avoir une durée de vie maximale avec beaucoup d’humilité et des remises en question permanentes.
Comme une maison ou un véhicule, L’Hermione a besoin d’être entretenue. Mais contrairement à une voiture pour laquelle un carnet d’entretien rigoureux existe au moment où on en devient propriétaire, il n’y avait pas de manuel à suivre garantissant la longévité de cette frégate. Nous l’avons écrit en réunissant les connaissances navales historiques et scientifiques modernes.
A tous les niveaux, nous essayons de prendre les meilleures décisions possibles dans l’intérêt de la frégate, cette belle dame que nous voulons revoir naviguer et qui nous passionne.

Existe-t-il d’autres répliques de navires en bois de la taille de L’Hermione ?
Le navire en bois qui s’approche le plus de L’Hermione en termes de taille est le Götheborg, réplique d’un indiaman du XVIIIe siècle qui a été reconstruit entre 1992 et 2005. Néanmoins les choix de reconstruction du Götheborg n’ont pas été les mêmes que pour L’Hermione. Le Götheborg devait répondre aux normes de construction actuelle pour accueillir des passagers payants, des ajustements ont donc été faits par rapport au navire historique. L’Hermione n’avait pas cette contrainte, donc la construction des deux navires a été différente.
Quelle est la durée de vie d’une frégate ?
La durée de vie de ces navires, historiquement, était en moyenne de 14,5 années, avec une amplitude de 2 à 39 ans et ce, hors combats et périls de mer ! Les règles historiques de construction navale ne garantissent donc pas la pérennité d’un navire bois sur le long terme.
De plus, les frégates étaient régulièrement restaurées, outre l’entretien permanent assuré par leur équipage : elles étaient radoubées en moyenne une première fois tous les 4 ans, une deuxième fois après un peu plus de 8 ans de navigation et une troisième fois après 13 ans de navigation. Les morceaux de la coque abîmés étaient remplacés lors de ces radoubages.
Pourquoi L’Hermione a-t-elle eu besoin d’être restaurée ?
En juin 2021, une détérioration a été constatée sur les bois des bordés* à l’arrière-bâbord de la coque, sous la ligne de flottaison de la frégate. Des investigations poussées ont révélé la présence de champignons à croissance lente sur certaines zones de la coque du navire.


Sur ces deux illustrations de la coque de L’Hermione, les pièces qui avaient été endommagées par les champignons sont identifiées en rouge. Les pièces identifiées en bleu devaient être déposées pour accéder aux pièces qui avaient besoin d’être restaurées. Les pièces de l’arrière de la coque et certaines pièces de l’avant ont déjà été restaurées.
L’Hermione est-elle le seul grand navire en bois navigant dont la coque a été attaquée par des champignons ?
D’autres navires en bois sont confrontés à des attaques de champignons sur leur coque. Ce type de problème est fréquent, mais il est encore courant qu’il soit considéré comme une maladie honteuse, une avarie d’autant plus inavouable quand elle touche des navires bien entretenus. La discrétion est donc souvent de mise quand un navire en bois est confronté à une attaque de champignons.
Parmi les navires ayant communiqué récemment et publiquement sur une dégradation de leur coque due à des champignons, on peut citer le terre-neuvier français Marité, actuellement à sec, immobilisé au port de Port-de-Bessin-Huppain (Calvados). Le caboteur centenaire Anna-Rosa, du Port-Musée de Douarnenez, est lui aussi à sec depuis novembre 2025 pour restaurer sa coque attaquée par des champignons.La Cancalaise, bisquine de la baie du Mont-Saint-Michel, le HMS Victory, navire de guerre anglais, ou encore l’USS Constitution, frégate de l’United State Navy, ont également rencontré des problèmes fongiques.

Pourquoi des champignons ont-ils réussi à attaquer la coque de L’Hermione ?
Les champignons identifiés sont le polypore des caves et le lenzite. Les spores de ces champignons sont présentes dans l’air que nous respirons, mais ne se développent que dans des conditions très spécifiques d’humidité, de température, d’aération et de luminosité.
Sur des bois parfaitement secs, des champignons ne se développent pas. Sur des bois plongés dans l’eau (et donc privés d’air), les champignons ne peuvent pas non plus se développer. Mais entre les bois extérieurs et les bois intérieurs de la coque d’un navire en bois, il y a par définition des pièces de bois dont les conditions d’humidité varient.
Rappelons aussi que L’Hermione est un navire militaire : elle a été conçue pour résister à des tirs de boulets de canon. Les couches de bois sont donc particulièrement denses et massives à l’avant et l’arrière de la coque, pour résister lors des affrontements. La concentration de ces pièces de bois a pour conséquence une ventilation et un drainage des eaux de cale assez faibles dans les extrémités du navire.


Les bois de la coque de L’Hermione n’ont pas vieilli prématurément, ils ont été attaqués car les conditions favorables au développement de ces champignons étaient réunies.
Ces champignons étaient-ils actifs dès la construction ?
Nul ne le saura jamais. Tous les problèmes de champignons identifiés lors de la construction puis des navigations ont toujours été traités, avec des changements de pièces quand c’était nécessaire. Seule certitude : les pièces abîmées, identifiées en 2021 et restaurées depuis, avaient été attaquées entre le moment où elles se sont trouvées enfermées entre d’autres pièces et la découverte de l’avarie.
Les experts bois et champignon, avec, entre autres l’institut technologique Forêt Cellulose Bois-Construction (FCBA), ne peuvent pas se prononcer sur un début de développement fongique : il pourrait tout aussi bien avoir eu lieu 10 ans avant la découverte de l’avarie que quelques mois auparavant.
La science a encore aujourd’hui beaucoup de choses à apprendre sur les champignons !
Le bois de la coque a-t-il été traité contre les champignons ?
Lors de la construction de L’Hermione, les pièces de bois installées sur le navire ont été traitées avec les produits antifongiques qui étaient autorisés à l’époque en France. Il faut garder en tête que les traitements les plus agressifs pour les champignons utilisés dans le passé sont aussi très agressifs pour la vie en générale. Il n’est ainsi plus autorisé aujourd’hui d’utiliser du coaltar ou des peintures à base de plomb.
Par ailleurs quel que soit le traitement utilisé, aucun d’entre eux n’exclut de façon totalement pérenne un développement fongique sur une pièce de bois qui n’est ni parfaitement sèche, ni complètement immergée (situation de toute coque en bois).
Pendant le chantier de construction, on a ponctuellement identifié des attaques de champignons sur des bois de la coque de L’Hermione, qui ont systématiquement entraîné soit le remplacement de la pièce, soit des opérations de traitement des pièces de bois.
Les traitements antifongiques ont été faits avec :
- du Fondo ;
- du Xilix ;
- du Boracol.
Mais ces traitements ont une durée de vie limitée*. Des passages d’eau créés par ruissellement d’eau pluviale sur le pont et la mature, par des défauts de calfatage, par la condensation naturelle dans le navire, lessivent les pièces de bois mais aussi les traitements qui y ont été appliqués.
Aujourd’hui, nous avons donc pour objectif de réaliser régulièrement des traitements antifongiques préventifs, une à deux fois par an.
*Les volets en bois d’une maison doivent être repeints régulièrement pour rester en bon état, quand bien même ils avaient initialement été bien traités avec une peinture résistante à l’humidité. C’est la même chose pour les pièces de bois d’une coque de navire.

Le bois de la coque a-t-il été traité à cœur ?
Le bois de la coque de la frégate est constitué de grosses sections de bois, pour lesquelles il n’existe pas de traitement à cœur.
Si vous souhaitez en savoir plus sur le traitement à cœur, vous pouvez consulter ce site.
Expérimentation d’un traitement à cœur sur le bois de la coque de L’Hermione
Nous avons prélevé des pièces de bois de bordé de L’Hermione déposées en 2021. Ce bois a été percé et un traitement a été appliqué en pression pendant 18h. Nous avons ensuite découpé les pièces traitées, pour analyser jusqu’où le traitement avait pénétré. Nous avons constaté que la pénétration du produit couvrait seulement un cercle de 4 mm sur toute la profondeur du trou d’injection. Conclusion de cette expérimentation : pour espérer un traitement à cœur, il faudrait percer les pièces de la coque tous les centimètres. La résistance mécanique du bois serait détruite, sans parler de l’étanchéité du navire…
Avec les méthodes actuelles, il n’est donc pas possible de faire des traitements à cœur sur la coque de L’Hermione.
Y a-t-il eu des malfaçons lors de la construction de L’Hermione ?
Dans la réalisation d’un ouvrage, une malfaçon est un défaut, une imperfection résultant d’une mauvaise exécution des travaux. Affirmer qu’il y a eu des malfaçons lors de la construction de L’Hermione, c’est avancer que les travaux auraient été mal exécutés et que les personnes chargées des travaux l’auraient caché. Rappelons qu’à toutes les étapes de la construction de la frégate, l’organisme certificateur de référence dans la construction navale Bureau Veritas (BV) a assuré les visites réglementaires et obligatoires. Ces visites avaient pour objectif de surveiller la bonne exécution des travaux et le cas échéant de pointer les problèmes constatés. Les comptes-rendus produits à la suite de ces visites régulières ont été pris en considération pour procéder à des actions correctives dès qu’il le fallait. Mais il n’y a jamais eu de malfaçons, ni d’avertissements qui n’auraient pas été pris en compte.
Si vous vous intéressez aux moyens mis en œuvre pour assurer la bonne exécution du chantier de construction de L’Hermione, nous vous invitons à lire ce document :
L’avarie de L’Hermione est-elle due à des erreurs de construction ?
Les experts en charpente marine sont unanimes : l’avarie de la coque de L’Hermione n’est pas due à des erreurs de construction. Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer l’origine de cette dégradation, notamment les assemblages massifs de bois à l’avant et à l’arrière de la coque, qui ne permettent pas une bonne collecte des eaux, qui empêchent la ventilation et limitent les campagnes de traitement antifongique. De plus, L’Hermione a des dimensions telle que déposer la moindre pièce de bois demande du temps et entraîne des coûts importants. Une radio ou un scanner d’une coque en bois, ça n’existe pas, donc nous avons eu besoin de temps pour identifier les zones de la coque abîmées.
Si on cherche des « coupables », il faut « incriminer » la conception historique de L’Hermione et l’enveloppe financière nécessaire aux diagnostics des pièces internes de la structure.
« L’Hermione est un bateau extraordinaire et un chef d’œuvre de charpente marine. Nous avons suivi le projet dès le début et, aujourd’hui, nous sommes bien sûr très fiers et heureux d’être associés à la suite de l’aventure. C’est un honneur de mettre les mains sur un bateau comme L’Hermione. »
L’avarie de L’Hermione est-elle due à l’utilisation de bois trop verts lors de la construction ?
Au XVIIIe siècle, les arsenaux essayaient dans la mesure du possible d’avoir des stocks de bois sec (moins de 20 % d’humidité à cœur) pour construire les navires. Cependant, les grands chantiers de construction de navires sont lancés à chaque conflit, dans l’urgence, il est donc illusoire de croire que tous les bois utilisés respectaient cette règle.
Pour construire L’Hermione actuelle, des arbres ont été choisis et abattus pour approvisionner le chantier : il n’existe pas aujourd’hui en France de filière d’approvisionnement de chênes tors* secs de la section nécessaire à la fabrication des grandes pièces de la structure de L’Hermione. Ces bois ont été ressuyés et stockés pour séchage. Si nous avions attendu que tous les bois atteignent moins de 20 % d’humidité à cœur pour les exploiter, la frégate serait toujours en construction actuellement. En concertation avec le Bureau Véritas, des compromis de niveau de séchage ont été trouvés. Une fois posées, ces pièces de bois ne sont de toute façon pas restées sèches : comme expliqué plus haut, la densité structurelle des assemblages de bois empêche un bon drainage des eaux et une bonne ventilation.
Aujourd’hui, le collège d’experts, qui a pris la suite du comité technique du chantier de construction, a décidé de modifier la conception structurelle du navire : certains assemblages vont être moins jointifs, avec des espaces permettant une bonne collecte des eaux et une ventilation forcée dans les massifs de bois. Vous trouverez ci-dessous plus de précisions sur ce sujet.
Exemple de résolution d’un problème technique lors du chantier de construction : le perçage avec du hâle
Dans les bonnes pratiques de charpente navale, l’installation d’un boulon dans la structure est préparée avec du hâle, c’est-à-dire que le trou percé est un peu plus petit que le boulon qui va être inséré ensuite. Ce procédé permet de limiter la propagation de l’eau dans la structure en cas de défaut d’étanchéité au niveau de la tête du boulon. Mais ce procédé est possible sur des navires de petite taille, quand on peut rentrer le boulon en force, à coups de masse.
Sur L’Hermione, la « petite » boulonnerie axial mesure 1,5 m, et le plus long boulon fait 3,8 m. Conséquence : il n’est pas possible d’entrer les boulons en force à la masse et il faut laisser un peu de jeu entre le diamètre du boulon et la taille du boulon. En effet, lors de la construction, le comité technique n’arrivait pas à se mettre d’accord sur le sujet. Certains voulaient mettre du hâle tandis que d’autres expliquaient que mettre du hâle aurait pour conséquence que le boulon se coincerait à mi-course, avec impossibilité de le ressortir et il aurait ensuite fallu couper le morceau de boulon qui dépassait puis repercer à côté pour placer un autre boulon.
L’Association a donc décidé de faire installer sur le quai un faux morceau de coque pour tester un perçage avec du hâle et essayer de rentrer un boulon en force. Au bout de 1h30 d’efforts acharnés, le boulon était coincé dans le bois, avec incapacité de l’entrer plus ou de le ressortir. Le Comité technique a donc arbitré sur un perçage avec du jeu pour la boulonnerie. L’étanchéité au niveau de la tête du boulon a ensuite été assurée par une cravate de bitord entre le boulon et le bois, et un tapon de bois a été collé à la résine époxy.
Cet exemple illustre bien les questionnements techniques que nous avons régulièrement sur ce navire. Les meilleurs choix possibles sont pris, au regard des dimensions exceptionnelles de L’Hermione et des connaissances des spécialistes.

Le navire est-il réparable ?
OUI, L’Hermione est réparable, la moitié de ce défi technique a déjà été relevé.
Quelles sont les mesures prises pour éviter de nouvelles attaques de champignons à l’avenir ?
Plusieurs nouveaux éléments sont mis en place pour éviter un contexte favorable au développement de champignons, avec plusieurs objectifs :
- Pouvoir ventiler le plus possible l’intégralité de la structure. Pour ce faire, la conception des massifs avant et arrière, ainsi que la liaison quille-carlingue, vont être allégées en pièces de bois. Pour conserver la résistance mécanique des ensembles, la boulonnerie sera renforcée. Nous améliorerons la ventilation forcée dans la structure à l’avant et à l’arrière, grâce à des pieuvres de ventilation soufflant de l’air asséché.
- Mieux drainer les eaux de cale, avec un système repensé de guidage des liquides vers les puits de pompage.
- Empêcher les champignons de s’installer sur les bois : les nouvelles pièces de structures sont fabriquées en lamellé-collé de chêne, ce qui permet un traitement renforcé des lamelles de bois et limite la vitesse de propagation d’un champignon (les colles constituent une barrière aux champignons) qui réussirait à trouver un contexte de développement favorable.
- Traiter l’ensemble de la structure via les ouvertures de ventilation (structure plus accessible grâce aux modifications de leur conception citées plus haut) avec un produit antifongique préventif, une à deux fois par an.
- Programmer des opérations de diagnostic à sec avec dépose ponctuelle des parties du bordage pour ne rien laisser au hasard.







