L'Hermione

« La plus grande entreprise de reconstruction d’un navire historique menée à bien en France », Jean-Louis Frot, ancien maire de Rochefort (1977-2001)

En 1992, l’association Hermione-Lafayette naît à l’initiative d’un groupe de passionnés d’histoire maritime avec comme objectif la reconstruction à l’identique d’une frégate de la fin du XVIIIe siècle au cœur de l’arsenal historique de Rochefort. Un long travail préparatoire commence alors avec le recueil des sources historiques, la reconstitution des plans, la recherche de financements, le lancement d’un appel d’offres pour trouver un constructeur…

Le Centre de Recherche et d’Architecture pour l’Industrie Navale (CRAIN) est le premier maître d’œuvre. Il réalise les plans et est en charge du suivi des travaux. Différents comités d’experts réunissant des ingénieurs, techniciens, historiens appuient ce travail de recherche. Suite à l’appel d’offres, l’entreprise Asselin des Deux-Sèvres est retenue pour la fabrication de la charpente du navire.

Les sources de financement sont les suivantes :

  • des subventions issues des collectivités territoriales (la ville de Rochefort, le Département Charente-Maritime, la région Poitou-Charentes) et de l’Union Européenne.
  • des recettes propres grâce à la billetterie, à la boutique et aux adhésions
  • du sponsoring : diverses entreprises régionales et nationales ont soutenu ce projet depuis son départ.

Le budget de construction du navire s’élève à environ 25 millions d’euros.
Le chantier est lancé le 4 juillet 1997, jour de la fête nationale américaine.

« Reconstruire un navire. C’est le projet d’un navire qui est une leçon d’histoire vivante. C’est ce qui donne du sens à ce projet et remporte l’adhésion du public. » Bénédict Donnelly, ancien président de l’association Hermione Lafayette entre 1994 et 2016.

La reconstruction de ce navire emblématique du XVIIIe siècle s’intègre dans cette reconquête d’un patrimoine maritime qui a façonné et marqué l’identité de tout un territoire pendant plus de deux siècles.

Cette aventure s’inclut dans la lignée de l’intérêt nouveau porté par le public pour le patrimoine maritime et nautique à partir des années 1980, qui voit le lancement de grandes fêtes maritimes en France et la reconstitution de navires anciens. L’Hermione illustre cette histoire collective qu’elle partage désormais avec son public et témoigne de l’histoire navale française. Elle deviendra, en effet, l’unique témoin de la grande époque de la marine à voiles.

Aujourd’hui, à Rochefort se construit un nouvel avenir avec ses programmes de navigation maritime etla mise en valeur de savoir-faire anciens au sein du chantier de L’Hermione. C’est cette histoire que nous vous invitons à redécouvrir.

Qu’est-ce que l’Arsenal de Rochefort ?

L’Hermione a été construite au sein de l’arsenal de Rochefort, qui a vu naître 550 unités sous forme de vaisseaux, frégates, corvettes et autres embarcations, entre 1666 et 1927. Sous Louis XIV et avec l’impulsion de Colbert, secrétaire d’Etat de la Marine, la France se dote d’une véritable flotte de guerre et marchande pour concurrencer les flottes anglaise et hollandaise et conquérir de nouveaux territoires. En 1666, Rochefort est choisie pour l’implantation d’un arsenal entre Brest et Bayonne, sur les rives de la Charente.

Pendant 250 ans, la vie de l’arsenal est rythmée par la construction de navires de guerre pour la marine française. L’arsenal représente un lieu d’échanges et de mouvements, où vont se concentrer les activités techniques. Rochefort est une cité d’innovation, d’expérimentation qui s’adapte sans cesse aux contraintes de son environnement et aux mutations industrielles de son époque. Au cœur de cet espace, l’Hermione voit le jour, témoin de son époque à la fin du XVIIIe siècle. La construction de la frégate correspond à l’apogée de la marine à voile, une époque glorieuse où la flotte française remporte des victoires décisives, notamment lors de la guerre d’indépendance américaine.

Le contexte

A la fin du XVIIIe siècle, la France est à nouveau à la tête d’une flotte puissante, capable de rivaliser avec la Royal Navy. Cette rivalité s’explique par les enjeux économiques, représentés par les possessions coloniales de chacune des deux puissances maritimes. La révolte des 13 colonies américaines donne l’occasion à la marine française de prendre sa revanche sur son ennemi. Pendant cette période, les arsenaux français tournent à plein régime. Ainsi à Rochefort, en 1779, 4 frégates sont mises en chantier et 13 frégates sont lancées entre 1777 et 1780.

L'HERMIONE

1775-1783
La guerre d’indépendance américaine

Elle oppose d’un côté la couronne d’Angleterre et de l’autre les « Insurgents » américains, soutenus par la France. Le théâtre des opérations se déroule en mer et voit se confronter les deux grandes flottes maritimes de cette fin du XVIIIe siècle. L’Hermione prend une part active dans cette guerre qui se conclut par la naissance des Etats-Unis d’Amérique.

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Submergés de taxes et voyant leur économie étouffée par le monopole de l’Angleterre, les colons américains se révoltent. Une armée américaine se constitue sous les ordres du général Georges Washington. Le conflit armé débute en 1775 avec des succès américains qui aboutissent à la rédaction de la déclaration d’indépendance américaine le 4 juillet 1776. Le congrès envoie des représentants américains pour tenter d’obtenir des armes et recruter des officiers en France.

La France s’engage officiellement aux côtés des américains en février 1778, par une alliance et un traité d’amitié, puis déclare la guerre à l’Angleterre un mois plus tard. Cet événement, rendu possible par l’engagement sans faille de Gilbert Motier, Marquis de La Fayette, jeune noble de 20 ans, change le cours de la guerre. La Fayette embarque un an plus tôt pour les Amériques afin de se mettre au service du congrès américain. De retour en France, il arrive à convaincre le roi Louis XVI de participer à un effort financier et militaire aux côtés des Insurgents.

1778-1779
Une construction éclair

Elle oppose d’un côté la couronne d’Angleterre et de l’autre les « Insurgents » américains, soutenus par la France. Le théâtre des opérations se déroule en mer et voit se confronter les deux grandes flottes maritimes de cette fin du XVIIIe siècle. L’Hermione prend une part active dans cette guerre qui se conclut par la naissance des Etats-Unis d’Amérique.

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La décision de la mise en chantier de l’Hermione sur proposition du ministre De Sartine, est entérinée en novembre 1778, par le conseil du port de Rochefort. C’est l’ingénieur constructeur de marine, Pierre Chevillard dit l’aîné qui est chargé de sa construction ainsi que d’une autre frégate, la Fée d’après le dessin qui a déjà servi à la Courageuse et à la Concorde, les deux premières de cette série de quatre.

L’Hermione est mise en chantier sur la rive droite de la Charente au sein de l’arsenal, à partir de décembre 1778. Outre les savoir-faire techniques, la rapidité de sa construction s’explique également par l’urgence de la guerre, une main d’œuvre importante et la disponibilité des matériaux sur le site de l’arsenal. Des centaines de charpentiers, forgerons, perceurs, cloueurs, calfats… bagnards sont ainsi mobilisés pour un total de plus de 35 000 journées de travail.

L’Hermione appartient donc à une période où l’on en a fini avec les tâtonnements et la Marine française peut quasiment rivaliser avec son ennemi héréditaire qui domine les océans, l’Angleterre.

Les caractéristiques de la frégate

Outre le fait qu’il s’agisse d’un navire techniquement abouti, l’Hermione appartient à la catégorie des frégates, dites légères, caractérisées par leur vitesse et leur maniabilité. C’est le navire typique de la campagne américaine.  L’Hermione est une frégate de 12 armée de 32 canons au XVIIIe siècle : 26 canons de 12 sur son pont de batterie et 6 canons de 6 sur son pont de gaillards. Le chiffre de 12 correspond à 12 livres (unité de mesure au XVIIIe siècle), soit un peu moins de 6 kilos.

Mesurant 66 mètres de long hors tout sur 11,5m de large, sa mâture est constituée de trois mâts verticaux aux dimensions modulables, d’une superficie de voiles pouvant atteindre 3300m² et un gréement complexe de 26 km  de cordages, nécessitant un équipage de 250 à 300 personnes.

1779
Une première campagne d’essai dans le golfe de Gascogne

Avant sa campagne américaine, cette période de navigation permet au commandant La Touche Tréville, tout juste promu lieutenant de vaisseau, d’apprécier les qualités nautiques de la frégate et de mettre à contribution un équipage, composé de 292 personnes.

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Du 28 avril 1779 au 11 mai 1779, L’Hermione est armée avec l’embarquement nécessaire pour une longue campagne, qui dure environ 6 mois et s’achève en novembre 1779. C’est le jeune lieutenant de de vaisseau Louis-René-Madeleine Levassor de Latouche (appelé La Touche-Tréville après 1788, futur vice-amiral et commandant en chef de la marine de Napoléon) qui est chargé de mener à bien cette mission. Son état-major et son équipage sont dévoués à ce brillant officier, l’ayant déjà suivi sur son précédent bâtiment, Le Rossignol. L’Hermione effectue dans le golfe de Gascogne et dans la Manche,  des missions de surveillance des côtes et de protection du commerce.  Cette campagne se conclut par la prise de trois navires de commerce et trois corsaires anglais.

Au cours du mois de janvier 1780, la coque de l’Hermione reçoit un doublage de cuivre constitué de 1 100 feuilles de métal. Ce doublage est destiné à protéger la coque des attaques des tarets, et à éviter la fixation des algues et des coquillages sur la carène, ce qui améliore la vitesse de la frégate.

Carte de la campagne de 1779


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Mars 1780 - Février 1782
Une frégate au service du roi, la campagne américaine

Le destin de L’Hermione est lié à sa participation à la guerre d’indépendance en y jouant un rôle majeur marquant à tout jamais l’histoire de cette jeune frégate. Partie de Rochefort en mars 1780, elle embarque à son bord le marquis de La Fayette pour une mission secrète, celle de transmettre au général Georges Washington un message de soutien aux Insurgents américains. L’Hermione se met au service du congrès américain et mène des missions de surveillance et combat des frégates anglaises. Elle démontre durant cette campagne à la fois des qualités remarquables de navigation mais aussi la solidité d’un équipage expérimenté.

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Carte de la campagne américaine

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Les évènements marquants de la campagne de l’Hermione aux Etats-Unis

Mars 1780 : Départ pour Boston

Après une première campagne réussie et un doublement de sa coque en cuivre en janvier, l’Hermione se voit confier une mission secrète sur ordre du roi Louis XVI. Elle consiste à embarquer le marquis de La Fayette jusqu’à Boston dans le but d’annoncer le soutien financier et militaire aux insurgents américains. Le départ se fait le 11 mars 1780 en rade de l’île d’Aix comprenant un équipage de 316 personnes. Après 38 jours de traversée, L’Hermione arrive à Boston où La Fayette rejoint le général Georges Washington pour lui annoncer l’arrivée imminente des renforts français.

Cette campagne est beaucoup plus longue que les précédentes (près de deux ans) et vise à se mettre au service de l’escadre française basée aux Etats-Unis, dans la guerre qui l’oppose aux Anglais. L’Hermione protège le commerce allié et attaque celui de l’ennemi tout en effectuant des missions de surveillance, de ravitaillement ou de relais de signaux.

Juin 1780 : combat contre la frégate L’Iris

C’est un des combats les plus mémorables de L’Hermione. Le 7 juin 1780, à Long Island, l’Hermione combat quatre navires anglais dont la frégate anglaise l’Iris pendant une heure et demie et à feu continu. 260 coups de canon seront tirés depuis l’Hermione ainsi que 1250 coups de fusils et d’espingoles. Dix hommes sont tués, et 37 sont blessés dont le commandant et son second.

Juillet 1780 : arrivée du corps expéditionnaire

C’est à Newport que débarquent les 5 500 hommes du corps expéditionnaire du comte de Rochambeau envoyé par Louis XVI depuis la ville de Brest, pour soutenir les Américains en révolte.

Mai 1781 : réception du Congrès américain à bord de L’Hermione

L’Hermione est chargée d’une mission de représentation à Philadelphie. Elle est consacrée à la réception du Congrès américain et du conseil d’Etat de Pennsylvanie, pour un dîner officiel en présence notamment du Marquis de La Fayette et Samuel Huntington, président du Congrès. Cet événement marque un symbole fort de l’amitié entre les deux nations alliées.

Juillet 1781 : bataille navale de Louisbourg

Le 21 juillet 1781, au large de l’île Royale (actuelle île du Cap-Breton), les frégates l’Hermione et l’Astrée, commandée par La Pérouse, rencontrent un convoi escorté par six bâtiments anglais, qu’elles attaquent. C’est la bataille navale de Louisbourg, combat d’une durée de 2 heures au cours duquel 509 coups de canon, 100 de pierriers et 1 700 de fusil ou d’espingoles sont tirés depuis l’Hermione. Deux navires anglais amènent leur pavillon, le Jack de 14 canons de 9 livres est capturé, les dégâts matériels sont importants, particulièrement dans le gréement, et un total de 22 victimes est signalé sur l’Hermione. Cet affrontement a été représenté par le lieutenant de frégate auxiliaire Mullon présent à bord, puis peint par Auguste-Louis de Rossel de Cercy.

Septembre-Octobre 1781 : victoire décisive à Yorktown

Jusqu’au 10 septembre, l’Hermione est à Boston pour réparer ses avaries. Elle arrive donc trop tard pour prendre part à la bataille de la Chesapeake, mais participe au siège de Yorktown en octobre 1781. Cette bataille oppose les insurgés américains et leurs alliés français commandés par le comte de Rochambeau aux Britanniques commandés par Lord Cornwallis. Après 21 jours de combat, ce dernier se rend, avec le quart des forces britanniques engagées dans la guerre. La victoire de Yorktown a pour conséquence le Traité de Versailles qui sera signé en 1783, et l’Indépendance des treize colonies britanniques, qui deviennent les Etats-Unis d’Amérique.

Février 1782 : retour à Rochefort

Une fois sa mission parfaitement accomplie en Amérique, l’Hermione appareille le 2 février depuis le cap Henry. La traversée retour est très rapide, favorisée par des vents au portant, en seulement 23 jours et le 25 février l’Hermione mouille l’ancre dans la rade des Basques à l’île d’Aix.

Septembre 1782 - Février 1784
Nouvelle campagne en Océan Indien

Une nouvelle mission est confiée à L’Hermione, qui l’embarque vers une autre région du globe : l’Océan Indien.

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Après avoir été radoubée en mai et en juin de la même année, l’Hermione repart avec à sa tête un nouveau commandant, le lieutenant de vaisseau Du Pérou, pour une destination encore plus lointaine : le golfe du Bengale et les côtes de l’Inde. Elle doit rejoindre les forces de l’amiral Suffren qui lutte sur un front secondaire de la guerre d’Amérique. L’Hermione atteint l’île de France le 18 avril et rejoint la flotte de Suffren le 14 juillet 1783, quelques jours après son importante victoire à Gondelour. La paix étant signée en 1783, l’Hermione est de retour à Rochefort en février 1784, après des escales à l’île de France et à l’île Bourbon en octobre 1783.

1784 - 1791
Entretien de la frégate

Les différentes campagnes menées par L’Hermione ont fragilisé la frégate. Les dégâts importants subis lors des tempêtes ou des combats ont sérieusement usé sa coque et abîmé son gréement.

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Après sa campagne dans l’Océan Indien, L’Hermione reste à Rochefort pendant quelques années. Elle fait l’objet d’une longue opération de remise en état de sa carène, qualifiée de demi-refonte. A partir de 1789, 450 interventions vont être effectuées sur la charpente à l’intérieur et à l’extérieur pour la remettre en état de marche

1792 - 1793
La fin de L’Hermione

L’Hermione connaît un destin tragique puisqu’elle s’échoue sur le plateau du four au large du Croisic après une ultime mission effectuée sous les ordres de la jeune République Française.

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La France révolutionnaire se mobilise face à la menace de l’Angleterre, qui entre en guerre en février 1793 mais aussi face à la révolte des Vendéens dans l’Ouest de la France. C’est dans ce cadre particulièrement tendu que l’Hermione reprend du service. Elle est sous le commandement du récemment promu capitaine de vaisseau (et futur amiral) Pierre Martin. L’Hermione est envoyée à l’embouchure de la Loire pour surveiller à la fois les Vendéens mais aussi les Anglais susceptibles de débarquer.  Elle participe notamment à la défense de la ville des Sables-d’Olonne en mars 1793, puis est postée dans l’embouchure de la Loire à partir du 23 juin 1793 pour protéger les abords de Nantes.

1793 : Naufrage au Croisic

En septembre, L’Hermione se voit confier une nouvelle mission, celle d’escorter entre l’estuaire de la Loire et Brest, un convoi de douze bâtiments, avec entre autres un chargement composé de 65 canons, fondus à Indret. Le 20 septembre 1793, commandée par un équipage peu expérimenté, à peine sortie de l’estuaire de la Loire et par la faute d’un pilote local (Guillaume Guillemin), la frégate sombre sur des rochers au large du Croisic, sur le plateau du Four. La coque est éventrée à tribord et s’échoue lentement sur les hauts fonds, laissant le temps à l’équipage d’être secouru. La frégate ne peut être sauvée et sombre.

1984
La redécouverte de l’épave

Presque 200 ans plus tard, le 22 juillet 1984, Michel Vasquez, plongeur passionné d’archéologie sous-marine redécouvre l’épave. Grâce à un repérage géographique et une campagne de fouilles archéologiques, quelques vestiges sont remontés à la surface, ressuscitant un pan de l’histoire de l’Hermione.

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En 1984, l’épave est découverte par le plongeur Michel Vasquez. Les caractéristiques du navire et la déclaration du naufrage consignée dans les archives de la marine confirment son identité. C’est bien la frégate Hermione que l’inventeur vient de mettre au jour. La découverte est alors homologuée par le ministère de la Culture. Les dernières fouilles sont achevées en 2005.

L’ancre, une partie du gouvernail ainsi que trois canons sont remontés. L’ancre est actuellement conservée au château des Ducs de Bretagne à Nantes et a été exposée dans le village du festival Débord de Loire à l’occasion de la venue de la réplique de L’Hermione en 2019.